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Affichage des articles du 2017

PASSER L'AÏD EN RÉTENTION...

Passer l’Aïd en rétention : entre violence et désespoir



En appelant les cabines, j’avais eu Lounès (le prénom a été changé) au bout du fil : j’avais été frappée par la qualité de son français, à la fois riche et précis. Nous allons donc le voir, Guy et moi. L’entrée est rapide, un visiteur avec nous, pas de fouille.

Lounès, Algérien, 29 ans, J+10
Nous avons devant nous un homme impressionnant, maigre, le visage profondément marqué, mais surtout, ses deux bras sont entièrement couverts de pansements.

LE PROCÈS POLITIQUE DE LA SOLIDARITÉ (2/4) UN DISPOSITIF XÉNOPHOBE

Le procès politique de la solidarité (2/4) Un dispositif xénophobe

15 août 2017 Par Blog : Identités politiques
La vallée de la Roya, à la frontière italienne, est une pièce importante dans le dispositif gouvernemental en matière d’immigration. Pour comprendre le procès politique intenté à Cédric Herrou et à travers lui à la solidarité, il ne suffit donc pas d’analyser ce qui se passe aujourd’hui à l’échelle des Alpes-Maritimes ; il faut prendre en compte les différences pièces d’un puzzle politique.

LE DÉLIT DE SOLIDARITÉ N'EXISTE PAS MAIS IL PEUT COÛTER CHER ! LE PROCÈS POLITIQUE DE LA SOLIDARITÉ (1/4)

Nous publions ici le premier article qu'Éric Fassin, sociologue, a publié sur son blog, à propos de la répression de la solidarité avec les étrangers. Il y en a 4 en tout. Les 3 autres suivront.



Le procès politique de la solidarité (1/4)

Cédric Herrou et la vallée de la Roya


•    12 août 2017 Par Blog : Identités politiques


Cédric Herrou vient d’être condamné en appel à 4 mois de prison avec sursis. La justice lui reproche « une démarche d’action militante », comme si la solidarité devait être apolitique. Car avec l’association Roya citoyenne, il donne à voir l’inaction de l’État et l’illégalité de ses actions. S’il est victime d’un procès politique, c’est donc qu’il instruit le procès de la politique migratoire.

QUAND LA VISITE, CENSÉE ÊTRE CONDIDENTIELLE, VIRE AU DÉBAT GÉNÉRAL AVEC LES POLICIERS…..

On nous amène Nordine, tunisien, J+1 ? 


Nordine est un homme jeune, agité et parlant très fort ; il s’effondre sur la chaise proche des policiers et nous dit tout de suite que ça ne va pas du tout. La discussion s’engage de façon très difficile : d’une part, Nordine, bouleversé par son arrestation et son enfermement, s’exprime de façon hachée, pas toujours cohérente ; son français de plus, n’est pas très bon. D’autre part, il y a 5 policiers alignés contre le mur, qui ne perdent pas un mot de la conversation. Tout cela fait que nous avons du mal à prendre la parole et à questionner Nordine, surveillées que nous sommes par les policiers : la situation est difficilement tenable.

QUAND LE PERIPLE SE TERMINE AU CRA….

Mohammed, Afghan J+9


Le périple de ce jeune homme est étonnant et également très nouveau pour nous.
Mohammed vient de Kaboul, Afghanistan : après avoir suivi des études supérieures (son anglais est excellent), puis travaillé dans le domaine des hautes technologies pour l'armée, il a fui son pays. Il reste discret sur les motifs précis qui l’ont poussé à fuir. À Kaboul sont restées sa femme, sa fille, bébé, ainsi que sa mère. Il ne les a pas revues depuis janvier 2013, date à laquelle il est parti vers la Russie, muni d’un visa. Il y est resté environ deux ans. A Moscou, Mohammed a travaillé comme manutentionnaire, réussissant à obtenir un permis de séjour d'un an et à le renouveler une fois (au prix de la corruption, soit 3000 dollars !) Sa troisième demande est cependant rejetée.

DEMANDER L’ASILE EN CRA …..

Nous avons deux noms, donnés par l’ASSFAM, et nous présentons au poste de garde : la jeune policière, assez aimable au début, devient vite méfiante et agressive. Elle me demande « si nous faisons partie d’une association » puis me somme de donner le prénom du retenu. ARGH ! l’ASSFAM ne l’a pas précisé ! Le dialogue se tend très vite : « Vous voulez le voir et vous ne savez pas son prénom !  Il ne me l’a pas donné, dis-je, un peu prise de court ; Mais comment avez-vous eu son nom ? insiste la policière, méfiante » J’ai encore assez de présence d’esprit pour lui expliquer que j’ai appelé la cabine du CRA (pas question de mouiller l’ASSFAM). Mais son verdict est sans appel : « Pour des raisons de sécurité, il me faut le prénom, pour bien identifier la personne ! » Il y a donc plusieurs M.N. au CRA 3 ? dis-je, en tentant de finasser ;Oui, me répond avec aplomb la policière soupçonneuse, et puis écartez-vous et descendez les trois marches.A ce moment, arrive C., le réserviste, qui nous connaît…

ÉTRANGERS, MALADES ET SANS PAPIERS… LA LOTERIE !

Compte-rendu de la situation de Monsieur D. (CRA1) J+40 : De la visite mercredi par Aline et Jacqueline à son expulsion le vendredi. Monsieur D. 42 ans est algérien. C'est en appelant une des cabines du CRA1 le matin que nous entrons en contact avec lui. Après lui avoir exposé l'objet de nos visites, nous lui proposons une rencontre l'après midi. Il accepte bien volontiers tout en demandant si nous allons le faire sortir.
Nous nous présentons à 13H50 à la guérite et nous sommes tout de suite informées d'une attente d'une durée indéterminée en raison de la présence d'un consul algérien.

LA RÉPONSE DE MADAME HAZAN, CONTRÔLEURE GÉNÉRALE DES LIEUX DE LIBERTÉ, À NOTRE RAPPORT

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PS : la publication du rapport de visite effectuée en février 2017 par les contrôleurs ne pourra avoir lieu qu'après réception de la réponse du ministre de l'intérieur aux remarques et préconisations de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté.


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NOTRE RAPPORT DE VISITES À LA CONTRÔLEURE GÉNÉRALE DES LIEUX DE PRIVATION DE LIBERTÉ

OBSERVATOIRE CITOYEN DU CENTRE DE RETENTION ADMINISTRATIVE (CRA) DE PARIS-VINCENNES




À Madame la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté

                                                                                                                    Saint Maur, le 18 mars 2017

Objet : notre rapport ci-joint sur l’organisation des visites au CRA de Vincennes
V/réf : V/L n°2080/9609/LM du 10 juin 2014)

Madame la Contrôleure générale,
L’Observatoire citoyen du CRA de Paris-Vincennes, collectif adossé à la Ligue des Droits de l’Homme, a l’honneur de vous adresser un rapport sur les conditions de visite dans ce Centre. Comme vous le savez, nous avons déjà eu l’occasion d’alerter vos services sur des pratiques que nous jugions contraires à la dignité des personnes, qu’elles soient retenues ou en visite auprès de proches enfermés. Nos remarques avaient fait l’objet d’une réponse de vos services (V/L n°2080/9609/LM du 10 juin 2014).

L’HUMOUR S’INVITE AU CRA

Ahmed et Oussama, algériens, 29 et 20 ans Nous entrons à nouveau : comme c’est une autre équipe de policiers, nous repassons les contrôles. Nos retenus nous attendent. J’avais téléphoné la veille à la cabine, étais tombée sur Ahmed, à qui j’avais demandé le nom d’un co-détenu (selon la méthode Jacqueline, qui est excellente !)                Quel contraste ! Nous avons devant nous le type du « Titi maghrébin » : un homme jeune, jovial, à l’humour décapant, au rire communicatif : nous rions de bon cœur avec lui et dans la tristesse générale de ce jour maussade et de ces destins tragiques, ce rire est libérateur.

QUAND LES DISCRIMINATIONS S’ACCUMULENT…

Boualem, algérien, 31 ans, J+ 22  Boualem est arrivé en France en 2012 en passant par la Turquie et la Grèce. Ce jeune homme nous alerte tout de suite sur un gros problème. Il hésite à nous en parler, nous le mettons en confiance. Il annonce qu'il est homosexuel et menacé par sa famille en Algérie mais aussi en France (Paris et Marseille). Il craint particulièrement son oncle maternel qui est le chef de famille depuis le décès de son père et qui l'a déjà menacé à trois reprises. Il le décrit comme un homme violent, qui a fait déchiré la page du livret de famille qui le concernait. Il ne possède malheureusement pas de preuve de ces menaces, et ses deux frères et sa sœur qui refusent eux aussi son homosexualité ne veulent pas témoigner.

A L'EXTERIEUR DU CRA

Et l’attente reprend… Nous engageons la conversation avec une dame algérienne : elle vient voir son neveu pour qui elle a pris un avocat. Le nom m’est bien connu et je peux la rassurer sur ses compétences. Malgré tout, elle est très inquiète : elle vient de parler avec une jeune dame, qui attend avec sa belle-mère et son bébé dans son landau. Quand elle a dit qu’elle avait confié le passeport de son neveu à l’avocat, la jeune femme l’a vertement réprimandée, disant qu’il fallait TOUJOURS cacher le passeport (ce qui n’est pas faux). Je tente de la rassurer en lui disant que l’avocat connaît son métier et ne va pas utiliser ce passeport, si cela doit nuire à son client. Mais la pauvre dame est rongée par l’angoisse.

ENFERMEMENTS A REPETITION ou L’ABSURDITE DU SYSTEME

Saïd, marocain, 41 ans, J+3 C’est un homme fatigué, amaigri, déprimé qui nous attend au parloir. Sa famille, marocaine est venue en Espagne il y a 20 ans. Son père a travaillé dans les serres de culture de tomates. Il en est mort à 49 ans d’un cancer du cerveau provoqué par les pesticides. Saïd, 41 ans, est en France, avec ses 2 sœurs et son frère (tous régularisés), depuis 11 ans. Sa mère vit toujours en Espagne et vient le voir de temps en temps. Il vit chez l’une de ses sœurs à Aubervilliers. Il travaille dans le bâtiment en tant que peintre et sur les marchés, activité qu’il aime beaucoup.

PAS DE PITIE POUR LES MIGRANTS AGES

PAS DE PITIE POUR LES MIGRANTS AGES Marie nous a signalé un retenu soudanais, anglophone et très isolé. Nous nous rendons au CRA, ma fille et moi. Il fait beau, nous patientons au soleil en échangeant des nouvelles familiales, si bien que la longue attente (plus de 2 heures) nous semble passer assez vite. Nous entrons au parloir et là…les policiers nous annoncent que M.B. ne veut pas venir. Nous sommes assez dépitées, mais notre attention est attirée par l’autre visite : il s’agit d’une jeune dame chinoise venue voir son père âgé. Comme ce monsieur refuse les repas du CRA, elle lui a apporté une quantité impressionnante de denrées, et … il y a beaucoup de produits frais et de la nourriture maison que les policiers refusent de laisser entrer.  La jeune femme parlemente avec véhémence : il y a 3 jours, il n’y a pas eu de problème ! Les policiers inspectent les sacs et trouvent un médicament : interdit ! « Mais mon père est malade, s’exclame sa fille, il a besoin de ce médicament ! -Il n’a q…

DOUBLEMENT ETRANGERS

Amil, bengalais, J+22 Il n’y a personne dans l’abri, nous pensons que c’est bon signe et demandons à voir un premier retenu dont le nom nous a été communiqué par l’ASSFAM. Nous attendons en fait plus de ¾ d’heure. Alexandre commence à comprendre ce que c’est que l’arbitraire au CRA. Pendant ce temps, les visiteurs commencent à arriver mais comme bien souvent seules 2 visites simultanées sont autorisées. Le jeune maghrébin, qui entre avec nous est soigneusement fouillé : on palpe longuement les coutures de son survêtement. Alexandre, malgré sa tête de djihadiste est simplement passé à la poêle à frire, comme moi.

QUAND UN ENFANT SE RETROUVE ENFERME AU CRA

Y.A, iranien, 15 ans, J+5 L’ASSFAM nous alerte ce matin 26 octobre de la comparution d’un jeune mineur de 15 ans détenu au CRA de Vincennes depuis 5 jours avec son “oncle”… La magistrate arrive seule (elle déplore la grève des avocats). Les détenus sont nombreux. Le jeune homme de 15 ans n’est pas parmi eux : il est à l’hôpital où l’on mesure son âge osseux… Il arrive en milieu d’après-midi dans la salle. Son ”oncle” et lui ont un avocat qui demande le non-lieu pour le jeune et la libération de son “oncle” (il s’agit plutôt d’un cousin). En fin d’après-midi, la magistrate rend son verdict et oppose un rejet à chaque demande d’annulation d’OQTF sauf pour le jeune homme dont le résultat du test osseux a démontré qu’il était âgé de 15 ans environ. Le jeune est libéré tandis que son ”oncle” est renvoyé au CRA de Vincennes. Après que la séance soit levée, la greffière reste longtemps avec nous dans la salle : elle veut savoir ce que va devenir ce jeune homme laissé seul. Le policier questionne …

Un policier lanceur d'alerte mis au ban

Un article instructif du journal Le Monde du 8 janvier 2017 : 


Un policier lanceur d'alerte mis au ban
Le brigadier dénonce le racisme au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot


Un policier “anti-Dieudoné” ciblé par sa hiérarchie " ; " Policier lanceur d'alerte, son quotidien est devenu un enfer ". Le 3  janvier, dans l'hebdomadaire Le Point et dans l'émission " Quotidien " sur la chaîne TMC, le sujet fait mouche. Un policier qui travaille au sein du plus grand centre de rétention administrative en France, au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), dénonce, sous couvert d'anonymat, le racisme au sein de son institution. Il fait notamment état d'un texte qui a circulé entre des policiers de plusieurs directions en janvier  2016, intitulé " L'islam est le cancer de l'Europe, les musulmans sont ses métastases ".