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DEMANDER L’ASILE EN CRA …..

Nous avons deux noms, donnés par l’ASSFAM, et nous présentons au poste de garde : la jeune policière, assez aimable au début, devient vite méfiante et agressive. Elle me demande « si nous faisons partie d’une association » puis me somme de donner le prénom du retenu. ARGH ! l’ASSFAM ne l’a pas précisé ! Le dialogue se tend très vite : « Vous voulez le voir et vous ne savez pas son prénom !  Il ne me l’a pas donné, dis-je, un peu prise de court ; Mais comment avez-vous eu son nom ? insiste la policière, méfiante » J’ai encore assez de présence d’esprit pour lui expliquer que j’ai appelé la cabine du CRA (pas question de mouiller l’ASSFAM). Mais son verdict est sans appel : « Pour des raisons de sécurité, il me faut le prénom, pour bien identifier la personne ! » Il y a donc plusieurs M.N. au CRA 3 ? dis-je, en tentant de finasser ;Oui, me répond avec aplomb la policière soupçonneuse, et puis écartez-vous et descendez les trois marches.A ce moment, arrive C., le réserviste, qui nous connaît…

ÉTRANGERS, MALADES ET SANS PAPIERS… LA LOTERIE !

Compte-rendu de la situation de Monsieur D. (CRA1) J+40 : De la visite mercredi par Aline et Jacqueline à son expulsion le vendredi. Monsieur D. 42 ans est algérien. C'est en appelant une des cabines du CRA1 le matin que nous entrons en contact avec lui. Après lui avoir exposé l'objet de nos visites, nous lui proposons une rencontre l'après midi. Il accepte bien volontiers tout en demandant si nous allons le faire sortir.
Nous nous présentons à 13H50 à la guérite et nous sommes tout de suite informées d'une attente d'une durée indéterminée en raison de la présence d'un consul algérien.

LA RÉPONSE DE MADAME HAZAN, CONTRÔLEURE GÉNÉRALE DES LIEUX DE LIBERTÉ

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PS : la publication du rapport de visite effectuée en février 2017 par les contrôleurs ne pourra avoir lieu qu'après réception de la réponse du ministre de l'intérieur aux remarques et préconisations de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté.


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NOTRE RAPPORT DE VISITES À LA CONTRÔLEURE GÉNÉRALE DES LIEUX DE PRIVATION DE LIBERTÉ

OBSERVATOIRE CITOYEN DU CENTRE DE RETENTION ADMINISTRATIVE (CRA) DE PARIS-VINCENNES




À Madame la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté

                                                                                                                    Saint Maur, le 18 mars 2017

Objet : notre rapport ci-joint sur l’organisation des visites au CRA de Vincennes
V/réf : V/L n°2080/9609/LM du 10 juin 2014)

Madame la Contrôleure générale,
L’Observatoire citoyen du CRA de Paris-Vincennes, collectif adossé à la Ligue des Droits de l’Homme, a l’honneur de vous adresser un rapport sur les conditions de visite dans ce Centre. Comme vous le savez, nous avons déjà eu l’occasion d’alerter vos services sur des pratiques que nous jugions contraires à la dignité des personnes, qu’elles soient retenues ou en visite auprès de proches enfermés. Nos remarques avaient fait l’objet d’une réponse de vos services (V/L n°2080/9609/LM du 10 juin 2014).

L’HUMOUR S’INVITE AU CRA

Ahmed et Oussama, algériens, 29 et 20 ans Nous entrons à nouveau : comme c’est une autre équipe de policiers, nous repassons les contrôles. Nos retenus nous attendent. J’avais téléphoné la veille à la cabine, étais tombée sur Ahmed, à qui j’avais demandé le nom d’un co-détenu (selon la méthode Jacqueline, qui est excellente !)                Quel contraste ! Nous avons devant nous le type du « Titi maghrébin » : un homme jeune, jovial, à l’humour décapant, au rire communicatif : nous rions de bon cœur avec lui et dans la tristesse générale de ce jour maussade et de ces destins tragiques, ce rire est libérateur.

QUAND LES DISCRIMINATIONS S’ACCUMULENT…

Boualem, algérien, 31 ans, J+ 22  Boualem est arrivé en France en 2012 en passant par la Turquie et la Grèce. Ce jeune homme nous alerte tout de suite sur un gros problème. Il hésite à nous en parler, nous le mettons en confiance. Il annonce qu'il est homosexuel et menacé par sa famille en Algérie mais aussi en France (Paris et Marseille). Il craint particulièrement son oncle maternel qui est le chef de famille depuis le décès de son père et qui l'a déjà menacé à trois reprises. Il le décrit comme un homme violent, qui a fait déchiré la page du livret de famille qui le concernait. Il ne possède malheureusement pas de preuve de ces menaces, et ses deux frères et sa sœur qui refusent eux aussi son homosexualité ne veulent pas témoigner.

A L'EXTERIEUR DU CRA

Et l’attente reprend… Nous engageons la conversation avec une dame algérienne : elle vient voir son neveu pour qui elle a pris un avocat. Le nom m’est bien connu et je peux la rassurer sur ses compétences. Malgré tout, elle est très inquiète : elle vient de parler avec une jeune dame, qui attend avec sa belle-mère et son bébé dans son landau. Quand elle a dit qu’elle avait confié le passeport de son neveu à l’avocat, la jeune femme l’a vertement réprimandée, disant qu’il fallait TOUJOURS cacher le passeport (ce qui n’est pas faux). Je tente de la rassurer en lui disant que l’avocat connaît son métier et ne va pas utiliser ce passeport, si cela doit nuire à son client. Mais la pauvre dame est rongée par l’angoisse.